Pourquoi le diabète en Afrique?

 

Transition nutritionnelle, surpoids, obésité, urbanisation et sédentarité

 


 

 

Jusqu’à une époque récente, évoquer les problèmes alimentaires en Afrique renvoyait à ces images d’adultes au visage creusé, vieillis avant l’âge, et d’enfants décharnés au ventre ballonné. Cette imagerie trop familière de la famine resurgit encore dans certaines régions frappées par une sécheresse excessive ou dans des zones de conflit qui utilisent l’arme de la faim pour contraindre des populations. Néanmoins, ce que l’on observe majoritairement sur le continent africain, depuis quelques années, c’est une transition entamée des formes de malnutrition, de la sous-nutrition vers la surnutrition. Les problèmes de surpoids ont très largement dépassé les problèmes de sous poids. Ce phénomène frappe principalement les villes où une femme sur quatre et un homme sur six sont touchés. Cette explosion de l’obésité, impliquant autant les classes aisées que les classes populaires, est essentiellement liée à l’apparition d’une transition nutritionnelle (consulter le dossier thématique "Transition nutritionnelle") qu’on peut définir comme une modification progressive des régimes alimentaires, contemporaine d’une forte baisse de l’activité physique.

 

En cause, la très forte augmentation de matières grasses végétales et plus encore d’origine animale (viande, oeufs, produits laitiers) et l’accès à l’huile industrielle, avec, en parallèle, l’introduction de nombreux produits industrialisés très gras, salés et sucrés venant s’ajouter à une alimentation traditionnelle très riche en glucides (céréales).

  obesite

 

Des produits gras comme l’huile, la mayonnaise, les plats en fritures, des produits salés comme les cubes alimentaires, les concentrés de tomate, le sel alimentaire et des produits sucrés comme le sucre simple et les biscuits envahissent les échoppes des marchés africains. Ces échoppes modernes sont très loin des marchés ruraux traditionnels. Et voilà réunis tous les ingrédients d’un modèle pléthorique hyper calorique, hyper gras, hyper sucré et hyper salé ! L’évolution des modes de vie avec l’augmentation des revenus des populations explique cette transition en même temps que la très forte croissance de l’urbanisation qui renforce la sédentarité par la généralisation des travaux de bureaux, l’utilisation des moyens de transports motorisés, la prolifération des écrans de télévision et des jeux vidéo pour les enfants.

 

En effet, il faut rappeler que1:

 

« En 2009, l’Afrique a dépassé le milliard d’habitants, dont 395 millions (soit près de 40 pour cent) vivaient dans des zones urbaines. »

 

« En 2050, la population totale des villes africaines passera à 1,23 milliards d’habitants soit 60 % de la population totale et autant que toute la population du continent aujourd’hui. »

 

 

A ceci s’ajoute un atavisme social qui veut qu’en Afrique surpoids et obésité soient considérés comme des signes extérieurs positifs de richesse et de bonne santé. C’est encore plus vrai pour la femme dont l’embonpoint reflète les bonnes attentions que lui prodigue son mari. En revanche, une personne adulte relativement maigre et qui ne grossit pas sera soupçonnée d’être malade ou d’avoir des difficultés financières.

 

Si l’on prend l’exemple du Mali, les statistiques internationales montrent que les facteurs du risque du diabète liés au mode de vie ont déjà un impact très fort avec une prévalence:

 

  • du surpoids / obésité de 21% chez les plus de 20 ans avec une prévalence dépassant 25% chez les femmes
  • de la sédentarité de 19,5% des plus de 15 ans2

 

Source:

1 L’état des villes africaines 2010, ONU Habitat, rapport global 2010.

2 OMS, Noncommunicable Diseases Country Profiles 2011

 

Date de dernière mise à jour: 11 avril 2014